LLM et Agilité : pourquoi les opposer ?

Ces dernières semaines, l’idée circule que l’Agilité serait morte… parce que le coût du développement serait passé à 0. Autrement dit : il ne sert plus à rien d’itérer, puisque tout peut être construit d’une traite.
Disons-le tout de go : c’est absurde.
Déjà non, le coût du développement n’est pas passé à 0. Notre travail est accéléré, nos capacités sont largement démultipliées, mais toute personne un peu soucieuse du long terme sait très bien que la magie, c’est l’étage au-dessus. En fait, si vous voulez quelque chose qui marche aujourd’hui et en surface seulement, alors oui, on peut dire que cela vous coûtera presque 0 — mais cela s’appelle au mieux un prototype ou un démonstrateur. En revanche, si vous voulez construire un produit ambitieux, destiné à durer des années, vous avez tout intérêt à poser de sérieux garde-fous et à vous intéresser de près au code ainsi généré, parce que ce sont vos fondations techniques. Mal pris en main, les LLMs se transforment en véritables machines à créer de la dette technique.
Mais surtout, cette idée suppose que le coût du développement serait la seule raison de procéder par itérations, ce qui est faux. Certes, le coût du développement est une raison de découper en User Stories, mais ni la seule ni la première. Ce qui a motivé les pères de l’Agilité à travailler ainsi, c’est la volonté d’obtenir du retour d’usage fréquent pour s’assurer de construire dans la bonne direction. Autrement dit, éviter de s’enferrer dans un tunnel de 6 mois pour découvrir à la fin que les développements ne répondent pas aux attentes des utilisateurs, quand un test utilisateur sur base de maquettes aurait pu donner la même information en quelques jours. L’Agilité, c’est ça (entre autres).
Alors que l’IA révolutionne notre manière de travailler, une chose n’a pas changé : on ne sait toujours pas ce qui se passe dans la tête des utilisateurs. Ce n’est pas un LLM qui va nous dire si l’on résout le bon problème ou si l’on travaille sur la bonne fonctionnalité, et encore moins s’il y a un marché pour ça. Ainsi donc, les LLMs nous permettent de produire des itérations plus rapidement et avec un meilleur rendu, mais nous avons toujours autant besoin d’itérations.
En fait, les LLMs sont une arme à double tranchant :
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D’un côté, ils sont une réelle opportunité pour l’Agilité, parce qu’ils permettent d’obtenir du feedback plus rapidement. Notons également qu’un découpage fin contribue à limiter la taille du contexte de travail, peut-être même plus efficacement que toute autre approche. Plutôt que d’opposer IA et Agilité, nous gagnerions donc à les combiner.
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Et dans le même temps, les LLMs rendent le besoin d’Agilité encore plus critique, car plus on produit vite, plus la complexité essentielle augmente (elle croît avec le nombre de fonctionnalités, même si le code est de très haute qualité). Il est donc plus que jamais important de s’assurer que ces fonctionnalités offrent vraiment de la valeur aux utilisateurs, sans quoi elles n’apportent que des inconvénients.
L’Agilité n’est pas morte, bien au contraire. Les LLMs, quant à eux, nous aident principalement sur le delivery mais aussi sur la discovery. Vraiment, pourquoi les opposer ?