Réhabiliter la perfection

Que la perfection soit devenue un gros mot relève quand-même du paradoxe. Ne l'abandonnez pas, mais tendez vers elle grâce à l'amélioration continue.
Publié le 24 mai 2023Dernière mise à jour le 4 juin 2026

La perfection, un gros mot ?

De nos jours, la perfection n'a plus la cote : vous êtes à court d'arguments pour refuser ce job qu'on vous propose ? Dites simplement que vous êtes perfectionniste !
Blague à part, on a tous l'image de la personne qui se perd en détails inutiles et passe à côté de l'essentiel. Le souci extrême du travail bien fait peut, à l'évidence, aller à l'encontre des priorités dictées par la concurrence et le besoin impérieux pour une entreprise de dégager des bénéfices. L'efficacité, l'efficience et le pragmatisme sont à juste titre des valeurs cardinales en entreprise.
Mais avouez : que la perfection soit devenue un gros mot relève quand-même du paradoxe. Avant d'être un excès, la perfection était bien une qualité. Comment lever ce paradoxe ?

Un idéal vers lequel tendre

Peut-être faut-il voir la perfection comme une asymptote :
1-1/x
. Quand
x
tend vers l'infini, on se rapproche toujours plus de 
1
sans pourtant jamais atteindre cette valeur. Autrement dit, la perfection n'est pas de ce monde, la perfection n'a peut-être pas besoin d'être atteinte, mais cela n'empêche pas de tendre vers elle.
La perfection serait donc un idéal, une ambition qui nous guide, une valeur qui nous aiguillonne et nous rend meilleurs. On peut, on doit chercher à s'en rapprocher, parce que si l'on abandonne l’idée de perfection, on abandonne l’idée même d’amélioration. Si on ne cherche pas à faire très bien, on ne cherche pas à faire mieux et on ne cherche plus à faire bien.

L'amélioration continue comme levier d'action

L'amélioration continue est bien sûr ce qui nous aide le plus : je ne vous refais pas le topo des intérêts composés. Elle est un aiguillon, une recherche permanente, presque un jeu : comment puis-je encore améliorer les choses ? Chaque amélioration ouvre la porte à de nouvelles améliorations, souvent insoupçonnées.
Mais l'amélioration continue, c'est aussi le fait de célébrer les succès lorsqu'ils adviennent, jour après jour. Ne voir que l'objectif, la perfection, c'est l'assurance de n'être jamais satisfait. Voir les progrès, c'est l'assurance d'une joie simple souvent renouvelée.
Autrement dit, si la perfection est un fantasme, l'amélioration continue, elle, est la chose la plus concrète qui soit. Elle tient à juste titre une place prépondérante dans l'Agilité, au travers de la rétrospective .

Réhabilitons… l'ambition ?

Contrairement à ce que le titre de cet article suggère, ce n'est peut-être pas la perfection qu'il faut réhabiliter (cela ne mènerait qu'au malheur et à la tyrannie), mais l'ambition. Ensemble, réhabilitons l'ambition. Visons plus haut, osons relever le niveau d'exigence. Le manifeste de l'Artisanat logiciel  ouvre d'ailleurs avec ces mots : "As aspiring Software Craftsmen, we are raising the bar of professional software development…"
Cette ambition est une valeur, très clivante de surcroît. Si vous ne la partagez pas avec la personne que vous recrutez, vous avez peu de chances de vous entendre.