Freelance : une affaire de gros sous ?

Passer de salarié à indépendant, c'est l'opportunité de doubler vos revenus : en devenant votre propre patron, vous supprimez un intermédiaire entre vous et vos clients, voire tous les intermédiaires. Ainsi, la valeur que vous créez vous revient – à vous et à l'État, mais ça, c'est un autre sujet.
Seulement, moi, quand j'ai eu acheté ma huitième Rolex, je me suis rendu compte que l'argent ne comptait pas tant que ça. Alors, plutôt que de gagner 2 fois plus, j'ai décidé de travailler 2 fois moins en maintenant mon ancien salaire, en vertu du vieil adage : "toi tu à l'heure, et moi j'ai le temps".
"Travailler 2 fois moins" n'est pas à prendre au pied de la lettre. Mais l'idée est bien là : prendre du temps pour soi ou sa famille, du temps pour faire du sport et me sentir bien, du temps pour se former, du temps pour écrire, du temps pour créer, du temps pour faire avancer des sujets qui me tiennent à cœur, du temps pour expérimenter.
Très vite, la question devient : qu'est-ce que le travail ? C'est du travail, mais je m'amuse : est-ce du travail ? Je ne cherche plus vraiment à répondre à cette question. Décider de ne pas augmenter mes revenus m'a ouvert un immense champ des possibles. Je conçois mon entreprise comme un véhicule financier propulsé par une activité de service facturée, qui me permet d'explorer librement de nouvelles contrées.
En passant, devenir mon propre patron a modifié du tout au tout mon rapport à l'argent. Employé, mon salaire mesurait ma valeur. L'enjeu était énorme : rien de moins que mon ego. Indépendant, "de combien ai-je besoin ?" est devenu la seule quetion. De combien ai-je besoin pour vivre, de combien ai-je besoin pour me sentir en sécurité ? Une question qui fait toute la différence.
Au-delà, l'indépendance m'offre un rapport au risque complètement différent. Bien sûr, je suis exposé au risque de revenus insuffisants. Mais face à ce risque, je peux agir : à moi de mettre de côté pour les mois de pain noir, à moi de prendre les contacts nécessaires, à moi de lancer des actions assurant ma visibilité à plus long terme, à moi d'élaborer une stratégie pour développer mon activité.
Tandis que dans une ESN , je serais ce consultant en intercontrat qui coûte de l'argent chaque jour et que l'on finira par "démissionner". Le CDI est à mes yeux une fausse sécurité. Tout le monde n'est pas fait pour être indépendant, c'est certain. Mais paradoxalement, pour certaines personnes, ce statut offre une plus grande sécurité, une sécurité basée sur la responsabilité.
Évoquons enfin ce par quoi il aurait peut-être fallu ouvrir cet article : le bénéfice premier d'être indépendant reste de pouvoir travailler selon ses propres standards de qualité, de pouvoir varier facilement les typologies de missions et de choisir ses clients sans rien avoir à justifier à personne, sur base d'un simple gut feeling. Ou bien encore de pouvoir piloter la relation commerciale, ce qui là encore suppose de travailler sans intermédiaire.
Tout cela n'a pas de prix.