Un coach se doit d'être supervisé

Un thérapeute est censé être supervisé par un autre thérapeute, qui lui évitera de s'égarer et l'aidera à garder une juste distance vis-à-vis des patients, condition nécessaire pour pouvoir les aider. Ces échanges portent en premier lieu sur la relation du thérapeute avec ses patients (en particulier le sujet transfert/contre-transfert), mais ils touchent nécessairement à une dimension plus personnelle du thérapeute, qui est un être humain avant d'être un thérapeute.
Qu'en est-il du coaching ? Un coach n'est pas un thérapeute, à l'évidence, mais il travaille lui aussi sur de l'humain. Le risque de faire du mal en voulant faire le bien est bien présent. Un coach gagnerait donc à être supervisé, lui aussi.
Le problème dans le domaine informatique, c'est que la plupart des coachs (couramment "coach agiles" ou "coach craft") n'ont aucune formation au coaching. On peut supposer qu'ils maîtrisent la matière sous-jacente, mais quid du savoir-faire propre à la relation, à l'accompagnement ? Cette relation, d'ailleurs, qui s'établit aussi bien de personne à personne qu'avec une équipe dans son ensemble.
Ça m'embête un peu de le dire, mais c'est également mon cas. Je suis venu au coaching par glissement, du fait de mon expertise technique et organisationnelle. En dehors de ça, j'ai appris sur le tas, au prix de quelques faux-pas.
Et par moments, je sens bien que cela ne suffit pas. Voilà 3 ans que j'accompagne des entreprises, la boutique tourne, et pourtant je ne peux réfréner certaines questions :
- Mon action auprès de ce client est-elle bonne ?
- Si lui la trouve bonne, puis-je m'en satisfaire ?
- S'il ne la trouve pas bonne, est-elle forcément mauvaise ?
- Est-ce que j'actionne les bons leviers ?
Ces interrogations sont là depuis un moment, mais une récente mission dont je sors insatisfait les a rendues plus pressantes. Pour cette raison, j'ai sollicité l'aide d'un professionnel pour ma supervision. Le fait de formuler les choses devrait aider, comme le fait de disposer d'un regard extérieur sur mon activité.
À bien y regarder, ces questionnements ont trait à l'éthique. Je suis tenté de penser que le "en premier, ne pas nuire" des médecins est un bon début : ne pas rajouter de la confusion dans une organisation qui dysfonctionne, préférer une succession de petits changements à un grand big bang forcément douloureux, être ambitieux pour les personnes que l'on aide tout en étant réaliste quant à leur capacité à changer… voilà autant d'applications concrètes de l'injonction "primum non nocere" (en latin, c'est plus smart 😉).
Mais il y a des cas limites.
On dit souvent en plaisantant qu'un coaching réussi, ce sont des développeurs qui démissionnent : parce qu'ils prennent conscience que l'organisation pour laquelle ils travaillent dysfonctionne et ne changera pas, tandis qu'ils découvrent que d'autres façons de travailler sont possibles.
La blague est intéressante parce qu'elle pose la question de savoir qui le coach est supposé aider : son client, qui le paye, ou bien la collectivité formée par le client et ses employés ? De qui doit-il en conséquence maximiser le surplus ?
Food for thought 😊